Chemin de Saint Jacques dans Bordeaux (3)

Après les deux billets sur le chemin de Saint Jacques dans Bordeaux, voici la suite et fin du voyage qui vous permettra de mieux découvrir cette très belle ville sous un autre jour.
2.5 – Rue Saint James :

Avec la rue de la coquille, la rue Saint James est un des plus grands Rue Saint Jameséléments historiques de la voie des pèlerins de Compostelle dans Bordeaux.
Ce nom n’a rien d’anglais et doit être prononcé « saint Jame » car il vient de « Jaime », nom espagnol de Jacques et James en serait sa version en parlé Gascon.
En haut de la rue, à l’emplacement actuel d’un magasin de luthiers, les grands-parents de François Mauriac vendaient des « nouveautés » dans leur magasin, ce qui correspondrait aujourd’hui à un commerce de prêt à porter.
Dans cette rue également, en 1580 l’imprimeur du Roi, Simon Millanges a imprimé la première édition des Essais de Montaigne, le célèbre philosophe qui fut aussi maire de Bordeaux (voir la plaque en bronze au sol).

2.6 – Grosse Cloche :
Cet ancien beffroi de l’hôtel de ville, qui était à l’origine une entrée de la ville dans les remparts du XIIIème siècle appelée « porte Saint-Eloi La Grosse Cloche», avec ses six tours d’origine, n’en comporte aujourd’hui que deux avec des toits coniques revêtus d’ardoises. Au sommet on peut voir un animal qui sert de girouette, il s’agit d’un léopard, emblème hérité des rois d’Angleterre qui occupèrent la Guyenne.
Il paraitrait que si vous entrez dans le magasin de bricolage ou la banque située de l’autre côté, vous y découvrirez les fondations mises en valeur de deux des tours originales.
Ce bâtiment servit de prison et il se visite aujourd’hui. C’est ainsi que vous pourrez voir les cellules qui abritaient les jeunes gens de Bordeaux ayant eu une mauvaise conduite et qui dormaient, dit on, au lion d’or en référence à la girouette.
La cloche, appelée « Armande – Louise » ne sonne à midi qu’une fois par mois, le premier dimanche, pendant 15 minutes. Elle pèse 7 750 kgs et son pourtour est gravé d’une maxime : « j’annonce les jours, j’appelle aux armes, j’indique les heures, je chasse l’orage, je signale les fêtes, je porte secours aux incendies ». Son parrain est célèbre, il s’agit du Cardinal de Richelieu et la marraine est la duchesse d’Aiguillon, nièce du cardinal.

2.7 – Emplacement de l’Hôpital Saint James :
L’hôpital Saint James, connu aussi sous le patronyme d’hôpital-prieuré Saint Jacques a été créé loin des Hôpital Saint Jamesmurs de la ville par Guillaume X d’Aquitaine en 1119. Il s’agissait d’un grand ensemble médiéval dont il ne reste aujourd’hui que la chapelle St Jacques (privée) serrée au creux de maisons contemporaines.

Il fut crée pour accueillir les malades bordelais mais aussi les pèlerins allant ou revenant de Compostelle sur la voie Turonensis (Voie de Tours) car à l’époque, les jacquets partaient de chez eux, se rendaient en pèlerinage à Santiago et revenaient dans leur logis souvent par le même chemin, ce qui représentait de nombreux mois de pérégrination, et beaucoup de ceux- ci tombaient malade ou mourraient sur le parcours.

Le Duc d’Aquitaine, Henry II Plantagenêt qui est aussi Roi d’Angleterre, demande, en 1181 de réserver des lits pour les pèlerins pauvres ou nécessiteux en leur distribuant du pain et du vin ainsi que du chauffage pour deux nuits.

Malheureusement en 1206, cet hôpital est partiellement détruit par les armées du Roi de Castille, Alphonse VIII, et en 1572, la visite de l’archevêque, qui constate l’état pitoyable des bâtiments, entraine sa fermeture quelque temps après et sa transformation en collège.

2.8 – Basilique Saint Michel :
Cet édifice construit entre la fin du XIVè et XVIè est classé au patrimoine de l’humanité par l’Unesco en rapport avec le chemin de St Jacques de Compostelle et monument historique depuis 1845. Cette basilique est du style gothique flamboyant avec une tour-clocher indépendante de 114 m. ce qui le classe parmi les plus hauts clochers Français.  Sa chaire à prêcher est ornée d’une magnifique sculpture représentant Saint Michel terrassant le dragon, mais les vitraux originaux ont malheureusement été détruits pendant les bombardements de 1940.
Depuis 1404, elle est le siège d’une confrérie de pèlerins de Saint Jacques, ceux-ci, après avoir fait le pèlerinage, avaient le droit de se faire inhumer en ces lieux. Une chapelle, dédiée à St Jacques est présente dans la basilique depuis le XVIIème siècle. On y trouve un beau retable avec un tableau de l’apothéose de St Jacques créé en 1632 ainsi que des ornements avec coquilles et bourdons caractéristiques des jacquets. Des pèlerins anonyme y seraient inhumé.
Existante de 1404 jusqu’en 1830, la confrérie des pèlerins de saint Jacques de Compostelle de Bordeaux et de Gironde a été refondée en 2008, sous la forme d’une association qui regroupe les jacquets ayant déjà fait le chemin et atteint Compostelle.
Une belle statue de Saint Jacques en bois peint trône également dans ce lieu mais ce n’est qu’un fac-similé de celle présente au musée d’Aquitaine.

La basilique possède également une crypte dans la flèche qui a fait l’objet d’une histoire incroyable. En 1791 une décision de supprimer les cimetières autour des églises entraine la découverte de 74 cadavres momifiés et en parfaite conservation. Ils sont présentés dans la crypte en étant collés les uns aux autres et font l’objet d’un véritable défilé de visiteurs de toute la France, y compris les plus célèbres comme Victor Hugo, Stendhal ou encore Théophile Gautier. En 1979, les momies sont retirées pour des raisons d’hygiène et enterrées dans le caveau d’un cimetière. Une présentation virtuelle des momies est maintenant visible dans la crypte.

2.9 – Hôpital Saint Julien :
Cet hôpital aujourd’hui disparu, était situé près de l’actuelle place de la Victoire, à l’angle actuel du cours de l’Argonne et du cours de la Somme. Il fut construit hors des murs de la ville vers 1230 et il ne reste de ses bâtiments que quelques murs imbriqués dans des constructions du XVIIIème. La fonction principale des hospitaliers de l’hospice était d’accueillir les malades, les mendiants et les pèlerins atteints de maladies graves.

2.10 – Eglise Saint Eulalie :
Sainte Eulalie fut une jeune vierge martyrisée en Espagne au IIIème siècle. On ne connaît pas les origines de cette église, mais des chroniques relatent l’existence d’une abbaye de femme créée par Dagobert, roi mérovingien, et l’église prend ensuite le nom actuel de Sainte Eulalie au début du VIIème siècle après un don d’une relique de la sainte par Sigebert III, fils de Dagobert. Les sarrasins ont ensuite incendié le monastère en 732 puis une nouvelle église est mentionnée vers le IXème siècle, il est dit d’ailleurs que Charlemagne aurait fait construire une chapelle en 811 pour abriter les reliques des sept martyrs de Lectoure que l’on peut voir dans la chapelle St Clair (les saints Clair, Géronce, Sever, Policarpe, Babile, Jean et Justin).
On pourra voir, dans l’église actuelle, un texte sur le mur de droite relatant, en caractères gothique et en Français, le martyre de ces sept saints.
Vers le XIIème siècle une nouvelle église est construite et elle sert de départ pour les bordelais vers le pèlerinage de St Jacques de Compostelle. On pourra voir à ce sujet, même si elle date du XVème, une statue de Saint Jacques dans une niche de l’abside nord, et toujours du côté nord, la porte est nommée « porte des pèlerins ».
L’église romane fut transformée au XVIIème en édifice de style gothique flamboyant. Son classement au titre des monuments historiques se fera, quant à lui, le 14 aout 1845.
Le trumeau du portail comporte trois statues dont Sainte Eulalie, Sainte Jeanne de Valois (Épouse répudiée du roi Louis XII) et Sainte Jeanne de Lestonnac (Sainte Bordelaise, nièce de Montaigne).

2.11 – Rue et croix de Saint Genès :
La croix de Saint Genès fut à l’origine de style gothique, mais les dégâts subis lors de la révolution ont été Croix de Saint Genèstels qu’elle fut renouvelée, en 1902, par une croix en fonte ouvragée moins élégante ;  elle fut, de nouveau remplacée par l’ouvrage actuel en pierre sculptée. Quatre têtes d’anges ornent la croix et l’on peut voir le monogramme de Jésus sur celle ci.
La statuette sculptée sur la colonne est celle de Saint Génès et non pas un pèlerin comme il est dit quelquefois.
Cette croix servait, comme beaucoup de ses consœurs, à jalonner le chemin de Compostelle qui ici, passe par Talence.

(Désolé mais un problème technique m’a empêché de vous présenter les photos de la basilique St Michel et de l’église St Eulalie… et comme je ne présente que mes propres photos, j’en ferai d’autres lors de mon prochain passage !)

Espérant vous avoir fait passé un bon moment sur le chemin de Saint Jacques dans Bordeaux.
N’hésitez pas, si vous voyez quelques petites erreurs, à me contacter par l’intermédiaire des commentaires, mais n’oubliez pas que j’habite à presque 700 km de cette charmante ville !!!.

Buon camino
Ultreïa !

2 Commentaires

  • L’HÔPITAL SAINT JAMES DE BORDEAUX fut créé, en 1119, il bordait à cette époque la voie de Sent Jacqmes, hors les murs de Bordeaux, au delà des fossés (« fossats Sent-Elegi» : les fossés de St Eloi, le cours Victor Hugo d’aujourd’hui), dans l’actuelle rue du Mirail.
    L’hôpital s’élevait, côté ouest, à l’emplacement du lycée Montaigne, tandis que le bâtiment du prieuré était de l’autre côte de la rue.

    Le véritable fondateur ne fut pas le duc Guillaume, mais le prévôt Guillaume, ainsi que l’atteste une bulle de confirmation des privilèges du chapitre Saint André, datée de 1173.
    Dans le Guide du pèlerin de 1130, Aymeric Picaud note qu’à Bordeaux, « le poisson abonde et le vin est excellent ».
    Henri Plantagenêt devint roi d’Angleterre, en 1154 et Aliénor devint reine d’Angleterre. À Noël 1156, Henri II s’installe à Bordeaux ; débute une série de conflits de plusieurs siècles et, fort probablement, l’anglicisation du gascon « Jacqmes » en « James ».

    Entre le XII° et la fin du XIV° siècle, l’hôpital connut célébrité et puissance : une bulle du Pape Innocent III, datée de 1200, confirma sa vocation d’hospitalité aux pèlerins et le plaça sous la règle de Saint Augustin. Il possédait le privilège de sépulture, alors exclusivement et jalousement partagé par le chapitre de Saint André et celui de Saint Seurin.
    Lors de travaux sur son emplacement, en 1927, furent exhumés de nombreux ossements et des tombes contenant des coquilles Saint Jacques. Une chapelle mortuaire dite de la Magdeleine, détruite dès 1548, s’élevait sur le cimetière.
    Nobles et seigneurs locaux le dotèrent généreusement :
    ▪ Amanieu VI d’Albret, par son testament du 6 juillet 1262, légua “deus cent sols à l’hospital de Sent Jacque de Bordel”
    ▪ Rose de Bourg, dame d’Albret, lui prodigua un don dans son testament du 6 juin 1326
    ▪ le captal de Buch Jean III de Grailly fit testament du 16 mars 1369 “…legavit cuilibet de hospitalibus videlicet Sancti Jacobi Burdegalensis…”
    ▪ le 31 mars 1374, Assalhide de Fargues demanda qu’il fût versé cinquante sous de Bordeaux à “l’ospitau Sent Jacme de Bordeu”.

    Les hostilités franco-anglaises du XV° siècle rendirent précaire la situation de l’hôpital, les dons manquèrent et le pape Eugene IV fut saisi de multiples suppliques par les autorités ecclésiastiques.
    La signature, en 1659, du traité des Pyrénées entre Mazarin et l’Espagne mit fin aux hostilités franco-espagnoles et donna une nouvelle vitalité au pèlerinage, provoquant un afflux de pèlerins. Il fut relevé que trois à quatre cents d’entre eux passaient alors chaque année dans l’établissement.
    En 1660, l’hôpital est de nouveau mentionné ; on compte jusqu’à quatre vingt dix huit pèlerins malades séjournant à l’hôpital.

    Avec le XVIII° siècle, s’ouvrit l’ère du déclin du pèlerinage : en 1760, l’hôpital Saint James n’était plus fréquenté que par quelques mendiants et indigents sans refuge.

    A l’abandon et à l’indifférence succédèrent…
    tout d’abord, la ruine :
    ▪ l’église, vendue en 1773, est transformée en salle de spectacles
    ▪ l’hôpital est rasé lors de la construction du lycée Montaigne
    ▪ l’église est utilisée comme garage à la fin du XX° siècle
    et finalement la chute de sa clé de voute, à cause d’intempéries.

    • Bonjour Philippe,
      Merci pour toutes ces précisions historiques que les lecteurs apprécieront.
      Mais comme il n’existe plus à part la chapelle qui n’est pas très visible, j’avais un peu interrompu mes recherches !
      d’ailleurs, dans le petit livret de l’O.T. leur descriptif de l’hôpital ne fait que 18 lignes !
      Merci encore Philippe,
      Amitiés Jacquaires
      Jacques

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